Que mange Le Criquet et quels risques pour votre potager ?

Le criquet est un herbivore généraliste : il se nourrit de feuilles, de tiges, de jeunes pousses et parfois de fleurs. Au potager, cette alimentation végétale pose un problème direct dès que la densité de population augmente. Comprendre précisément ce que mange le criquet, et à quel moment il devient une menace pour vos cultures, permet de calibrer la réponse sans recourir d’emblée à des traitements lourds.

Préférences alimentaires du criquet au potager : quelles plantes sont visées

Tous les végétaux ne subissent pas la même pression. Les criquets ciblent en priorité les graminées, mais dans un potager, ils s’adaptent vite aux ressources disponibles. Le tableau ci-dessous résume les niveaux d’appétence observés selon les types de cultures.

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Type de culture Appétence du criquet Parties consommées
Salades, jeunes pousses Très élevée Feuilles entières, collet
Tomates Moyenne à élevée Feuilles, parfois fruits jeunes
Haricots, pois Élevée Feuilles, tiges tendres
Courges, courgettes Moyenne Feuilles (rarement fruits)
Pommes de terre Moyenne Feuillage aérien
Aromatiques (thym, romarin) Faible Rarement attaquées

Les feuilles tendres et gorgées d’eau attirent davantage que les tissus ligneux. Les jeunes plants de tomates et les salades fraîchement repiquées figurent parmi les cibles les plus vulnérables.

Les plantes aromatiques à feuillage coriace ou très parfumé sont largement délaissées. C’est une donnée utile pour organiser les bordures de vos planches de culture.

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Potager ravagé par des criquets avec plusieurs rangées de légumes comme la laitue et les haricots fortement endommagées

Criquet isolé ou essaim : le seuil de dégâts réels sur les cultures

Un criquet isolé dans un potager ne cause presque rien. Les dégâts deviennent visibles à partir d’une dizaine d’individus par mètre carré. La distinction entre un criquet solitaire et un comportement grégaire change radicalement l’ampleur du risque.

Phase solitaire : un impact négligeable

En phase solitaire, le criquet consomme chaque jour une quantité de végétaux équivalente à une fraction de son propre poids. Sur un potager diversifié, cette consommation est absorbée sans trace visible. Quelques trous dans les feuilles ne justifient aucune intervention.

Phase grégaire : le basculement

Certaines espèces (criquet pèlerin, criquet sénégalais) peuvent passer en phase grégaire sous l’effet de la densité de population et de conditions climatiques favorables. Un essaim peut regrouper plusieurs dizaines de millions d’individus, et chaque insecte consomme quotidiennement l’équivalent de son propre poids en végétaux.

En France métropolitaine, ce scénario reste exceptionnel. En revanche, dans les régions méditerranéennes ou lors d’étés chauds et secs prolongés, des pullulations locales de criquets peuvent provoquer des dommages significatifs sur les potagers exposés.

Feuilles de tomates et légumes-feuilles : les dégâts les plus fréquents au jardin

Les retours de jardiniers convergent : les feuilles de tomates et les salades sont les premières cultures touchées par une population de criquets en hausse. Le feuillage des tomates, bien que légèrement toxique pour certains insectes, ne décourage pas les criquets adultes.

Les dégâts typiques incluent des découpes nettes sur le bord des feuilles, des tiges partiellement rongées sur les jeunes plants, et une défoliation rapide des salades. Sur les pommes de terre, le feuillage aérien peut être consommé sans que le tubercule soit directement atteint, mais la perte de surface foliaire réduit la photosynthèse et donc le rendement.

Les attaques sur les fruits (tomates mûres, haricots en formation) restent plus rares et surviennent surtout quand le feuillage disponible a déjà été largement consommé.

Gros plan d'un criquet en train de dévorer une feuille de courgette, révélant ses pièces buccales et les dégâts causés sur la plante

Protéger le potager des criquets sans pesticides chimiques

Les méthodes de lutte les plus pertinentes pour un potager de particulier reposent sur la prévention et la gestion de l’environnement immédiat, pas sur les insecticides.

  • Filets anti-insectes à maille fine posés sur les planches de jeunes plants : ils bloquent physiquement l’accès aux feuilles et aux pousses sans affecter la pollinisation des cultures non concernées
  • Maintien d’une zone de végétation haute (herbes, graminées) en périphérie du potager : les criquets s’y nourrissent préférentiellement, ce qui détourne la pression des cultures
  • Favoriser les prédateurs naturels au jardin : oiseaux insectivores (mésanges, rougegorges), hérissons et certaines araignées consomment régulièrement des criquets et leurs larves
  • Travail du sol en automne et en fin d’hiver : les criquets pondent dans la terre, et un retournement superficiel expose les oothèques (paquets d’oeufs) au froid et aux prédateurs

Les nématodes entomopathogènes, parfois évoqués pour la lutte biologique contre les insectes du sol, ciblent davantage les larves présentes dans la terre. Leur efficacité sur les criquets adultes reste limitée.

Criquets ravageurs et ressource alimentaire : un angle souvent ignoré

Au-delà du potager, les criquets ravageurs sont de plus en plus perçus comme une ressource alimentaire dans certaines régions du monde. Au nord du Cameroun, plusieurs espèces de criquets ravageurs (dont le criquet pèlerin et le criquet sénégalais) sont collectées et consommées comme source de protéines par les populations rurales.

Cette double lecture – ravageur agricole et ressource nutritionnelle – modifie progressivement la gestion des invasions dans les zones les plus touchées. Pour le jardinier européen, cela rappelle que le criquet n’est pas un nuisible absolu : sa présence modérée participe à l’écosystème du jardin en servant de proie aux auxiliaires.

La question n’est pas d’éliminer tous les criquets du potager, mais de maintenir leur population sous le seuil où les dégâts deviennent problématiques. Un potager diversifié, entouré de zones refuges pour les prédateurs, absorbe la présence de quelques criquets sans perte de récolte notable. Les interventions ne se justifient que lorsque les feuilles disparaissent plus vite que les plantes ne peuvent les renouveler.

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